
A l'occasion du festival du film, l'artiste antobois va exposer à Cannes une série de portraits commandés par des vedettes du cinéma de la pointure de Depardieu et Reno...
A travers la peinture d'Aja, l'expression "se faire une toile" n'a jamais si bien collé au cinéma.
Dans son petit atelier de la rue Pasteur, le peintre antibois "héberge" une galerie de portraits, digne de la montée des marches du palais au Festival de Cannes. Gérard Depardieu, Jean Reno, Jodie Foster, Liv Ullman, Francis Ford Coppola sont désormais immortalisés à la pointe de son pinceau.
Comme si Aja avait réécrit le scénario de leur vie, à partir d'une photo. Un nouveau film, dont le peintre se fait le principal interprète, bien que son nom ne figure pas forcément au générique.
"Au départ, je ne suis pas spécialement un fan de cinéma, mais mon talent commence à être reconnu, et de plus en plus de personnalités me demandent leur portrait, confie Aja.
D'ailleurs, je n'aime pas trop m'imprégner de la filmographie d'un acteur avant de le peindre, je préfère m'inspirer de l'impression physique qu'il me laisse.
Après, l'artiste est toujours étonné, il essaie de comprendre mon tableau, car il se redécouvre à travers mes yeux".
Le sabre du champion de judo Yamashita
A ce petit jeu de rôles, la fiction picturale rejoint parfois la réalité. Aja a déjà fait la connaissance de Jodie Foster à Montréal, "que j'ai représentée à l'image de la femme fleur de Picasso car pour moi l'association est évidente", et Francis Ford Coppola à Paris : "un homme fabuleux, généreux dans ses idées, son discours et ses films. Au début, je l'avais fait tumultueux et puis je me suis ravisé, pour peindre avec cet air de passion tranquille".
Tchaac ! D'un coup de sabre offert par Yasuhiro Yamashita, le plus grand champion de judo japonais, la toile "ratée" s'est fendue pour laisser place à un portrait plus conforme à l'inspiration de l'artiste.
En attendant de rencontrer ses autres modèles célèbres, Aja s'en est déjà fait le film, projeté en couleurs sur sa toile.
Depardieu ? "C'est un acteur qui change sans arrêt de rôle, mais j'ai eu envie de lui faire jouer son propre rôle, d'où cette mise en abîme du tableau sur le portrait, comme un masque".
Jean Reno ? "Son image forte, c'est le Grand bleu, j'en ai donc reproduit la symbolique avec cette diagonale azur en fond".
Nicole Kidman ? "C'est une jolie femme, elle est un mélange subtil de douceur et forte détermination dans le regard, comme si elle avait une perception précise du lointain".
Liv Ullman ? "Une femme épanouie et fragile à la fois, elle reflète assez l'image nordique de la Suède, une sensualité peu nimbée de mystre".
"Michel Simon : une gueule !"
Bientôt, ce seront Harrison Ford et Kevin Costner qui compléteront la distribution de cette picturo-psychanalyse, à l'occasio du festival américain de Deauville. En attendant peut-être Michel Simon ("une gueule"), ou Robert de Niro.
Une façon prometteuse de poursuivre une jeune carrière, pour laquelle AJA, second couteau dans son ancienne vie professionnelle, n'a pas hésité à se donner le beau rôle :
"En peinture, je suis complètement autodidacte. A 45 ans, après un infarctus, j'ai dit stop à mon ancien boulot, et j'ai décidé d'être peintre professionnel. Depuis, je vis de ma passion, c'est fabuleux".
Son exposition au prochain festival de Cannes n'est qu'un nouvel épisode de cette fabuleuse destinée d'un portraitiste de stars. Avec ou sans tapis rouge, son histoire de peintre semble bien promise au happy end.
Alexandre CARINI
Durant tout le festival de Cannes, les portraits de vedettes du cinéma peints par AJA seront exposés au palais sur le stand DECIPRO.